SCULPTURE 50, LA REUNION

Numéro d'inventaire : 2002.03.04
Auteur : FONTAINE Thierry
Date de création : 2001
Domaine : Photographie
Matière technique : Photographie en tirage argentique couleur
Mesures :
Hauteur en cm : 107
Largeur en cm : 123

Description analytique : C'est sur un fond de contestation globale de la société, sorte de dissidence culturelle conduite par l'idéologie hippie au cours des années soixante qu'apparaît l'Art corporel (en Europe) ou Body Art (aux Etats Unis). En rupture totale avec les pratiques artistiques traditionnelles, certains artistes ont fait de leur corps un médium d'expression formelle, l'exposant parfois aux situations les plus extrêmes, l'inscrivant avec force dans un discours engagé et subversif visant à perturber, changer ou remettre en question les anciennes valeurs, les modes de vie traditionnels et le pouvoir établi. Le recours à la photographie, par ces artistes présentant leur propre corps, répondait alors à un besoin de témoigner d'une action ou d'une performance éphémère. Rapidement la photographie fut intégrée au processus de création, dans une relation où l'artiste lui-même venait faire corps avec son oeuvre. C'est cet état de connivence liant le médium photographique et le corps de l'artiste que nous révèlent les expériences de trois plasticiens d'origine et de culture différentes : Julia Tiffin (Sud-Africaine), Qui Zhijie (chinois), et Thierry Fontaine (Français). Cette adéquation corps-photo apparaît comme un passage entre le sensible et l'intelligible. L'artiste interroge la réalité, nous la montre toujours plus évanescente, légère, insaisissable. Qu'est-ce qu'un corps, qu'est-ce que la matière ? La science moderne l'interroge encore. L'artiste perçoit également cette indécision, la fragilité de cette notion. Une sorte de connexion essentielle existe entre le corps et la photo par leur temporalité et l'idée d'un processus en permanente transformation. Mais aussi, comme le corps - support des principes spirituels, qui figure l'homme, qui en est l'image- la photo est le support d'une image bidimensionnelle où l'épaisseur corporelle est supprimée. Dans cette alchimie identitaire, la pellicule photographique devient une seconde peau, la pensée s'inscrit dans la chair de l'artiste, du corps photographié semble se dégager son univers intérieur, son univers mental. En choisissant de se limiter à la surface, le créateur invente une nouvelle réalité. Une réalité située au-delà de tout, avec une autre profondeur; une profondeur différente logée dans le domaine du possible, du non réalisé. Au cœur de cette entente secrète, la notion de distance en est la clé. Tout se joue au travers de l’œil, symbole de la perception intellectuelle et organe de la perception visuelle qui sépare le sujet et l'objet. Par l'intermédiaire de l'image photographique, le corps est mis à distance et agit, à égalité avec la photo, comme un médium. Par le regard séparateur qui permet de reconsidérer la matérialité, nous pénétrons dans le domaine de la pensée, indissociable de l'activité créatrice dans laquelle l'artiste engage son propre corps. C'est par le corps que la pensée émerge, les frontières entre esprit et matière sont désormais gommées et le savoir scientifique le confirme, à présent, en offrant une autre conception de l'homme et de son univers qui bouleverse la raison ordinaire. Ces « photographies corporelles » ou métaphores visuelles éclairent la relation continue et sans limite, l'identification entre ce qui est donné à voir, le corps de l'artiste. Le corps sans épaisseur L'effacement des limites formelles mis en oeuvre dans cette corrélation entre le corps et la photo s'étend à la définition même de la photographie. En requalifiant leurs oeuvres de « tableaux photographiques » au début des années quatre-vingt, les artistes ont, eux-mêmes, anticipé sur le reversement de la notion de photographie dans le champ de la peinture ou de la sculpture comme en témoigne l'attribution en 1990 du Grand Prix de la Sculpture au couple Becher, tenant de la photographie objective. Les limites conceptuelles de l'humain volent également en éclat. Dans le travail du sculpteur Thierry Fontaine c'est la figure idéale de l'androgyne qui est abordée. A peine sortie de leur matrice terrestre, les sculptures, phalliques ou ovoïdes, en plâtre coulé dans le sol sablonneux, sont photographiées, soutenues et pressées contre le corps de l'artiste. Cette adhérence au mythe d'un être complet dans lequel les couples en conflit trouvent leur plénitude, fait disparaître les limites de son identité. L'androgyne apparaît fréquemment traité dans l'art corporel et semble se fondre avec la perception d'une réalité nouvelle, d'un monde où les contraires ne s'opposent plus. Cette vision cosmique du Grand Tout unifié se confirme, par ailleurs, dans la sculpture d'une grande étoile, image de perfection, lieu où cessent les conflits entre les forces spirituelles et matérielles. En plâtre, elle est fragile et éphémère, tout aussi fugace et insaisissable que la réalité humaine. Une sorte de joie de la matière habite le sculpteur lorsqu'il foule des pieds l'argile et le plâtre. Il est question ici moins de la matière elle-même que de l'idée de celle-ci, semblable à une voie conduisant vers une étrange et mystérieuse volupté. Il en émane comme un parfum d'expérience sacrée, d'expérience érotique qui est désir, tension vers... Elle ouvre les portes de l'invisible, de l'imaginaire. Energie pure, désir sans objet. Désir dont l'accomplissement réside dans le désir lui-même, tendu vers l'infini. Par leur puissance d'évocation sensuelle, les pieds ponctuent les oeuvres de Thierry Fontaine. Dans sa première série de photos baptisées « Message » cette force érotique se manifestait déjà clairement dans les pieds nus prolongeant ceux du Zouave de Van Gogh ou bien encore caressés par la main d'une tahitienne de Gauguin. Chaque fois la photo se fait allusion, métaphore, expression détournée. Elle en devient plus éloquente que la sculpture ou la peinture elle-même. Elle leur confère un sens élargi, une dimension autre. (…) Caroline de Fondaumière Extrait catalogue « Matière à penser »

Exposition :
Référence : Matière à Penser Artothèque de La Réunion 31/08/2002 20/12/2002
Date de début : 2002-08-31T05:39:41.000000Z
Date de fin : 2002-12-20T05:39:41.000000Z
Description : C'est sur un fond de contestation globale de la société, sorte de dissidence culturelle conduite par l'idéologie hipie au cours des années soixante qu'apparaît l'Art corporel (en Europe) ou Body Art (aux Etats Unis). En rupture totale avec les pratiques artistiques traditionnelles, certains artistes ont fait de leur corps un médium d'expression formelle, l'exposant parfois aux situations les plus extrêmes, l'inscrivant avec force dans un discours engagé et subversif visant à perturber, changer ou remettre en question les anciennes valeurs, les modes de vie traditionnels et le pouvoir établi. Le recours à la photographie, par ces artistes présentant leur propre corps, répondait alors à un besoin de témoigner d'une action ou d'une performance éphémère. Rapidement la photographie fut intégrée au processus de création, dans une relation où l'artiste lui-même venait faire corps avec son œuvre. C'est cet état de connivence liant le médium photographique et le corps de l'artiste que nous révèlent les expressions de trois plasticiens d'origine et de culture différentes : Julia Tiffin (Sud-Africaine), Qui Zhijie (Chinois) et Thierry Fontaine (Français)... Caroline de Fondaumière, Catalogue Matière à penser


Mots clés :
figure - figures - représentation humaine - genre iconographique - MER - HYDROGRAPHIE - GEOGRAPHIE MORPHOLOGIQUE - NATURE - SCIENCES PURES - MAIN - BRAS - MEMBRE - PARTIE DU CORPS - LE CORPS HUMAIN - ETRE HUMAIN - ANATOMIE - SCIENCES PURES - PLAGE - BORD DE MER - GEOGRAPHIE MORPHOLOGIQUE - NATURE - SCIENCES PURES - ETOILE - ASTRE - ASTRES - ASTRONOMIE - SCIENCES PURES - FONTAINE Thierry -