DE SI JOLIES PETITES POUPEES N°7

Numéro d'inventaire : 2002.01.03
Auteur : MIARA Marie-Chrystine
Date de création : 2002
Domaine : Dessin
Matière technique : Craie et encre sur papier
Mesures :
Hauteur en cm : 50
Largeur en cm : 50

Description analytique : Marie-Chrystine Miara et Colette Pounia ont toutes deux sorti de leurs cartons un flamboyant univers d’enfant à partager. Éloignées de la douce nostalgie, ces propositions sont davantage en prise directe avec les fonctions créatrices de l’être et la représentation de soi qui trouvent leur formation dans le jeu si caractéristique de l’enfant. Dans son installation Colette Pounia a rassemblé une vidéo et des photographies de jouets ou de petits garçons. Fidèle au dessin, Marie-Chrystine Miara a organisé une longue vitrine « De si jolies petites poupées ». Deux approches différentes d’une recherche pourtant proche qui nous plonge dans un monde d’enfance et de rêve. L’enfant s’amuse, joue, construit, imite, rêve de devenir grand. Il joue et grandit. Grandit parce qu’il joue, qu’il s’abandonne au jeu, cet acte magique qui éveille la vie dans une conquête de soi perpétuellement renouvelée et qu’il n’abandonnera jamais totalement. (…) Désirs Secrets Par son immense pouvoir magique, le jouet relie le fantastique au réel. Il est l’habitacle d’un monde intérieur d’une infinie richesse créé et investi par l’enfant. Qui mieux que la poupée peut exprimer ce que nul ne peut dire ? Elle est le miroir, l’héroïne des désirs secrets, de sentiments cruels ou d’aspirations les plus folles, les plus fabuleuses. Les poupées alignées de Marie-Chrystine Miara nous regardent, nous interrogent. Leurs grands yeux de verre vides et fixes attendent d’être nourris d’une âme qui accepterait de les emplir. Tantôt douce et onctueuse comme une crème anglaise, elle se montre volontiers inquisitrice et sévère, elle est le lieu de tous les fantasmes. Une tension dramatique filtre tout au long de cette galerie « De si jolies petites poupées ». Le calme et le silence règnent, ouvrant par-là un champ de tous les possibles. La magie s’y installe, le jeu s’enveloppe de secret, l’illusion jaillit, l’âme enfantine se colore alors, s’éclaire, s’anime. L’artiste ne cherche plus à transfigurer le réel dans ces portraits mais à lui opposer un double, un double de soi comme les traditions antiques avaient imaginé en créant des statuettes à l’image du défunt chargées de le guider vers l’au-delà. La poupée conserve dans notre société réunionnaise ses forces magiques de double humain. A travers les champs et sur le seuil des maisons, elles avertissent, menacent, préviennent, rappellent, représentent la personne dans une attitude à la fois effrayante, hiératique et sentencieuse. (…) Caroline de Fondaumière extrait du catalogue « Secrète enfance »

Exposition :
Référence : Secrète enfance Artothèque de La Réunion 16/03/2002 26/05/2002
Date de début : 2002-03-16T05:39:40.000000Z
Date de fin : 2002-05-26T05:39:40.000000Z
Description : Secrète enfance, 2002 Marie-Chrystine Miara et Colette Pounia ont toutes de sorti de leurs cartons un flamboyant univers d’enfants à partager. Éloignés de la douce nostalgie ces propositions sont davantage en prise directe avec les fonctions créatrices de l’être et la représentation de soi qui trouvent l’information dans le jeu si caractéristique de l’enfant. Dans son installation Colette Pounia a rassemblé une vidéo et des photographies de jouets ou de petits garçons. Fidèle au dessin, Marie-Chrystine Miara a organisé une longue vitrine « De si jolies petites poupées ». Deux approches différentes d’une recherche pourtant proche qui nous plonge dans un monde d’enfance et de rêve. L’enfant s’amuse, joue, construit, imite, rêve de devenir grand. Il joue et grandit. Grandit parce qu’il joue, qu’il s’abandonne au jeu, cet acte magique qui éveille la vie dans une conquête de soi perpétuellement renouvelée qui qu’il n’abandonnera jamais totalement. Pensées cachées La tendre enfance s’accompagne d’une multitude d’activités ludiques parmi lesquelles l’imitation est l’une des plus représentatives de sa condition humaine et qui fonde son univers mental et ses pouvoirs de création. Par cette faculté d’aller vers l’autre, de s’immiscer dans l’univers personnel d’autrui et dans une dynamique de va-et-vient qui l’oblige à sortir de son être propre, il s’identifie, apprend, découvre, se représente, recréé et ressent toute une palette neuve d’émotions et d’attitudes qu’il explore dans le rire et la joie en imitant ses proches ou en créant des personnages fabuleux. Il joue au philosophe, mime les gestes du peintre… Juxtaposées, les photographies de Colette Pounia forment une frise de jouets réunis par petits groupes pour leurs textures ou leurs couleurs vives ou pastels. Ils évoquent le calme, le rêve, la mélancolie, la douceur, la gaieté, la réflexion… les états d’âme des tout petits. Prises au ras du sol, au plus proche deux, ces photos de jouets reflètent et renferment leurs secrètes pensées, leurs désirs cachés. Dans l’exploration de son environnement, l’enfant engage toute sa personne. Sa quête ne s’arrête pas, elle est permanente, vital. Le goût de l’ordre, des classifications et de la construction qui apparaît très tôt relève moins d’un conditionnement que de la nécessaire constitution de son cadre intellectuel. C’est-à-dire que la pensée humaine débute réellement avec ces activités ludiques, légères et frivoles en apparence seulement. Avec cette soif de découverte et cette capacité d’émerveillement, le petit être parcourt, en butinant, les sentiments et réactions d’autrui, il se les approprie pour, plus tard, se détacher et déterminer sa propre individualité. Les sens en éveil, il ne voit pas, il observe, il n’entend pas mais enregistre analyse tout. A l’image très répandue des trois singes asiatiques, agile, il se balance d’expérience en aventure mais mûrit sa réflexion patiemment sans se précipiter immédiatement dans l’action. Ses pensées sont comme préservées, mises à l’abri. Une forme de sagesse l’habite que symbolise parfaitement la dualité simiesque constamment en équilibre entre vie instinctive et esprit éclairé à la source de toute attitude juste. Désir secret Par son immense pouvoir magique, le jouet relie le fantastique au réel. Il est l’habitacle d’un monde intérieur d’une infinie richesse créé est investi par l’enfant. Qui mieux que la poupée peut exprimer ce que nul ne peut dit ? Elle est le miroir l’héroïne des désirs secrets, de sentiments cruels ou d’inspirations les plus folles, les plus fabuleuse. Les poupées alignées de Marie-Chrystine Mira nous regardent, nous interrogent. Leurs grands yeux de verre vides et fixes attendent d’être nourris d’une âme qui accepterait de les emplir. Tantôt douce et onctueuse comme une crème anglaise, elle se montre volontiers inquisitrice et sévère, elle est le lieu de tous les fantasmes1. Une tension dramatique filtre tout au long de cette galerie « De si jolies petites poupées ». Le calme et le silence règne, ouvrant par là un champ de tous les possibles. La magie s’installe, le jeu s’enveloppe de secret, l’illusion jaillit. L’âme enfantine se colore alors, s’éclaire, s’anime. L’artiste ne cherche plus à transfigurer le réel dans ces portraits mais à lui opposer un double, un double de soi comme les traditions antiques avaient imaginé en créant des statuettes à l’image du défunt chargées de le guider vers l’au-delà. La poupée conserve dans société réunionnaise ses forces magiques de double humain. À travers les champs et sur le seuil des maisons elles avertissent, menacent, préviennent, rappellent, représentent la personne dans une attitude à la fois effrayante, hiératique et sentencieuse2. De mystérieux secret enveloppe ces jouets, d’étranges confidences et d’aveux intimes y sont enfermés. Comme une bulle aux couleurs de l’imaginaire échappée de la réalité humaine, le monde du jeu reste illusoire et l’enfant sort de cet univers clos pour entrer dans celui de la culture ouvert sur l’extérieur et vers lequel il tend dès le début. Ses premiers pas sont symboliques de cette entrée dans l’ordre duel qu’est celui de la cité où l’homme se dresse sur ses deux jambes dans une parfaite parité. En équilibre sur une jambe il est encore dans l’unité, dans la logique de l’impair, du un celui qui participe tu divin. Il est clair que le ressort de cette évolution se situe dans le rêve, l’imagination et le goût du merveilleux. De cette conquête de soi qui passe par celle du dehors et toujours plus loin, au-delà des horizons, parfois aux confins de la spiritualité, le jeu en est la clé. Même à un âge avancé l’homme conservera cette esprit ludique cette faculté d’émerveillement qui fondent la vie même et qui l’enrichissent sans cesse tout au long de cette « enfance prolongée ». Caroline de Fondaumière Extrait du catalogue Secrète enfance, 2002 1 L’artiste Hans Bellmer (1902-1975) a su piéger ses désirs en réalisant sa célèbre Poupée surréaliste et désarticulée où le virtuel et réel se confondent. 2 Le photographe Hervé Douris a très bien perçu cette étrange présence dans une série de photos de poupées habillées, amputées, maquillées ou hirsutes qui se dressent au milieu des champs et des jardins de l’île pour effrayer oiseaux et intrus en tout genre. (Le sens du regard, collection D’autres terres en vue, FRAC Réunion, mars 1995).


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